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Do, Ré, etc. Mais d’où viennent ces noms ?

mardi 9 mai 2006, par Patrice Vanneufville


 1. Les notes modernes

Do, Ré, etc. Mais d’où viennent ces noms ? En fait, d’un chant grégorien (hymne à Saint-Jean-Baptiste écrit par Paul Diacre, né en 730, mort vers 799), qui possédait une caractéristique intéressante : chaque vers commençait sur une note plus haut que le vers précédent.

Alors, l’Italien Guido d’Arezzo, moine bénédictin du début du XIe siècle, s’est servi des premières syllabes pour créer le nom des notes utilisées aujourd’hui. Il a inventé la solmisation et ce fut une révolution dans l’enseignement musical.

Voici ce chant, avec la mélodie et la traduction :

Ut queant laxis   do re fa (remi) re   Que tes serviteurs chantent
    resonare fibris   re re do re mi mi   D’une voix vibrante
Mira gestorum   (mifasol) mi re (fado) re   Les admirables gestes
    famuli tuorum   fa sol la (solla) re re   De tes actions d’éclat.
Solve polluti   (sollasol) mi fa sol re   Absous des lourdes fautes,
    labii reatum   la sol la fa (solla) la   De leurs langues hésitantes
Sancte Joannes   (solfa) re do mi re   [Nous t’en prions,] Saint Jean.

En notation neumatique :

En notation moderne, on remarque que chaque syllabe choisie se positionne effectivement sur la bonne hauteur de note. Ce procédé permit une mémorisation plus facile :

Le Si est en fait venu plus tard, au XVIIe siècle, et vient des initiales SJ du dernier vers (jusque-là, les musiciens se contentaient de six noms de notes, dans un système complexe dit d’hexacordes, permettant par enchaînements successifs de décrire les gammes heptatoniques, mais système aboutissant à des ambiguïtés qui finirent par devenir gênantes).

C’est aussi vers cette époque que Ut est devenu Do, parce que Ut était une syllabe trop difficile à chanter (le choix pourrait venir de la première syllabe du mot Domine, Seigneur ou Dieu en latin).

Certains pays (Allemagne et pays germanophones, Angleterre et pays anglophones) n’utilisent pas cette nouvelle dénomination et ont conservé l’ancien système inspiré de l’Antiquité, qui consistait à nommer les notes par les premières lettres de l’alphabet. Voilà pourquoi le blues et le jazz, musiques d’origine américaine, notent aujourd’hui les harmonies grâce à des lettres :

Noms anglo-saxons :  A   B C D E F G
Noms allemands :  A B H C D E F G
Noms latins actuels :  La bémol Si Do Mi Fa Sol

 

Ceci dit, il est une chose que vous ignorez peut-être : l’origine des clés...

 2. Les clés en musique

Regardez ce graphique [1] :

Voyez-vous comment Le « G » majuscule s’est transformé en clé de Sol au fil du temps ? Le G, c’est le Sol, et son placement sur une ligne désigne le nom de la note qui sera placée sur la ligne.

Avez-vous bien observé le chant ci-dessus, notamment le début de chaque ligne ? Reconnaissez-vous le « F » ? Regardez ici :

Voici l’évolution de la clé de Fa, issue d’un « F » majuscule :

Et voici l’évolution de la clé d’Ut, issue d’un « C » majuscule :

Voici en comparaison, la forme actuelle des trois clés que l’on utilise aujourd’hui, et qui nous permettent de savoir comment s’appellent les notes placées sur la portée :

Alors, saviez-vous que ces signes musicaux très célèbres étaient en fait, de simples lettres majuscules ?

Pour la petite histoire, la clé de Sol — la plus utilisée aujourd’hui ! — est la toute dernière apparue, bien après la clé de Fa et la clé d’Ut qui convenaient parfaitement à l’esprit médiéval. D’un usage timide au XIIIe siècle, il a fallu attendre l’arrivée du violon au XVIIe siècle pour que la clé de Sol devienne la reine des partitions.

Comme vous le savez aujourd’hui, la clé de Fa est utilisée pour les registres graves, la clé d’Ut pour les registres médiums, et la clé de Sol pour les registres aigus.

Voyons maintenant l’origine de la portée...

 3. La portée musicale

Avez-vous remarqué sur les dessins ci-dessus, que la portée pouvait comporter un nombre variable de lignes ?

L’idée de tracer des lignes colorées au-dessus des textes pour y ajouter des signes musicaux est attestée au IXe siècle. Mais le véritable emploi pratique apparait probablement vers les années 1050, avec 4 lignes, ce qui restera la pratique de la musique de plain-chant jusqu’à aujourd’hui.

Voici une portée à trois lignes du XVe siècle, extrait d’un traité anonyme de musique, « Compendium musicae mensurabilis » :

Guido d’Arezzo a généralisé l’usage de la portée où les notes ont désormais une position absolue et non plus relative. On pense que la première ligne tracée était la « ligne du F », en rouge. Puis à distance d’une quinte, fut ajoutée au-dessus la « ligne du C », en jaune :

Plus tard, furent ajoutées des lignes noires :

Les portées à 5 lignes sont attestées au XIIIe siècle, mais longtemps, selon les besoins, elles varient de 4 à 6 (y compris dans une même partition). Peut-être par la normalisation de l’imprimerie, la portée à 5 lignes ne s’impose qu’au début du XVIIe siècle.

Avec le développement de la musique pour clavier, au XVIe siècle, on trace des portées de dix lignes ou plus, ou on accole deux portées de 5 lignes. Aujourd’hui, les théoriciens décrivent une portée fictive constituée de 11 lignes, la portée générale, un système utilisé par le clavecin, le piano, l’orgue ou la harpe :


[1illustration trouvée dans A History of Music de Charles Villiers Stanford, lui-même citant Hugo Riemann


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